C’est la question qui revient dès qu’un mécanisme se démonte : une vis sans tête, c’est quoi au juste ? Une vis de pression, appelée aussi vis pointeau, dont le corps disparaît entièrement dans son logement. Rien ne dépasse. Dans l’univers de la visserie et de la fixation, elle occupe une place à part : là où la plupart des vis assemblent en pinçant, celle-ci bloque en poussant. Je vous montre comment la reconnaître, choisir son bout, sa matière et ses dimensions, puis la mettre en œuvre proprement. Une mise au point avant de commencer : une vis à tête plate dont l’empreinte est arrachée n’est pas une vis sans tête, même si le résultat visuel trompe.
Vis sans tête : reconnaître une vis de pression
Pas de collerette, pas de tête qui déborde, juste un cylindre fileté sur toute sa longueur. La désignation technique courante est STHC, pour sans tête à six pans creux. Ces six pans creux, c’est l’empreinte hexagonale creusée dans le bout de la vis : on l’entraîne avec une clé Allen engagée à fond, pas avec un tournevis.
Le filetage intégral change tout dans l’usage. Comme la vis est filetée d’un bout à l’autre, elle se loge entièrement dans le taraudage, ce trou déjà fileté qui l’accueille, et vient presser par son extrémité contre un axe ou une pièce voisine. C’est cet appui qui bloque.
Là où une vis classique serre deux éléments en prenant appui par sa tête, la vis sans tête ne pince rien entre deux surfaces. Elle immobilise par pression, avec un encombrement nul.
Sur le terrain : blocages, réglages, assemblages affleurants
Les usages reviennent chantier après chantier, toujours les mêmes familles.
- Blocage d’une poulie sur un arbre : la vis traverse le moyeu et presse sur l’arbre pour empêcher la rotation.
- Blocage d’une bague sur un arbre, même principe, cette fois pour tenir une position axiale.
- Fixation de poignées et de boutons : mobilier, meubles de cuisine, petits accessoires.
- Réglages mécaniques : butée, jeu, position d’une pièce qu’on fige une fois le réglage trouvé.
- Assemblages affleurants, dès que rien ne doit dépasser de la surface.
Trois cas concrets pour fixer les idées : une poulie de tondeuse qui patine se retient avec un bout pointeau, un bouton de meuble qui tourne dans le vide se rattrape avec un bout plat, et une bague d’arrêt sur un axe de transmission se cale au bout cuvette.

Choisir la bonne vis sans tête
Le bout se choisit selon ce qu’il attaque. Une vis STHC existe en cuvette, pointeau, téton ou bout plat : le pointeau mord dans l’axe, la cuvette accroche en marquant moins, le téton se centre dans un logement dédié, le bout plat presse à plat sur une surface qu’on ne veut pas blesser.
Vient ensuite la classe de résistance, à ajuster à l’effort que l’assemblage doit reprendre. Pour la matière, l’acier fait le travail en intérieur sec ; l’inox s’impose en milieu humide ou exposé, avec un défaut de terrain qu’il faut connaître : il grippe.
Dimensions : diamètre, pas et longueur
Côté dimensions, je compare toujours le diamètre, le pas et la longueur avec la pièce d’origine avant de commander. Les diamètres métriques M3, M4 et M6 couvrent beaucoup de cas, sans être une règle universelle. La longueur se choisit de façon à ce que la vis reste entièrement noyée dans le taraudage tout en atteignant l’axe à presser : trop courte, elle n’appuie pas ; trop longue, elle dépasse et perd son intérêt.
La clé Allen adaptée
Dernier point, et pas le moindre : la clé Allen doit correspondre exactement à l’empreinte, pas au diamètre de la vis. On l’essaie à sec avant de forcer, et on privilégie une clé aux arêtes vives, six pans ou à embout tournevis pour les vis peu accessibles. Une clé approximative, c’est un six pans arrondi en trois tours.
Mettre en place et serrer au bon couple
L’ordre des gestes fait la différence.
- Préparer le taraudage : le nettoyer, souffler la limaille et gratter un ancien reste de frein filet, puis vérifier au doigt que le filet est sain sur toute sa profondeur. Une limaille ou un dépôt suffit à bloquer la descente.
- Aligner les pièces, poulie, bague ou poignée, avant d’engager quoi que ce soit.
- Engager le filetage à la main sur deux ou trois tours, en vérifiant que la vis descend droite.
- Serrer progressivement à la clé, au bon couple, jamais d’un coup sec.
- Contrôler le maintien en essayant de faire tourner la pièce.
Sur un montage qui vibre, une goutte de frein filet évite le desserrage progressif. On y pense pour les assemblages soumis aux vibrations, ceux difficiles d’accès et ceux qu’on démonte rarement. Inutile d’en mettre partout : sur une vis de réglage qu’il faudra reprendre souvent, mieux vaut s’en passer.
Les erreurs que je vois le plus souvent tiennent en trois mots : clé usée aux arêtes arrondies, sur-serrage qui écrase l’axe ou fend la pièce, et le fameux six pans foiré après une tentative de trop. Dans cette famille de la visserie, la patience vaut mieux que la force.

